samedi 19 août 2017

24 août en Ukraine : la fête de la soumission

Où est passée l'indépendance de l'Ukraine ?


Le 24 août 1991, alors que l'URSS de Gorbatchev s'effondre brutalement dans une confusion totale, à Kiev, le parlement ukrainien "Verkhona Rada" proclame l'indépendance de l'Ukraine et son divorce avec Moscou... tout en conservant jalousement les frontières artificielles créées par 80 années d'autoritarisme soviétique.

Depuis cet événement qui ouvrait les portes du pays à une corruption d'Etat devenue sport nationale des oligarques se succédant au pouvoir, le 24 août est devenu la fête nationale de l'indépendance ukrainienne. 

Lorsque les USA avec l'aide des ultranationalistes ukrainiens renversent le gouvernement de l'impopulaire et faible Ianoukovitch en février 2014, des russophobes psychotiques aux ordres des mentors néoconservateurs étasuniens, parrains du Maïdan, prennent les commandes d'un pays à la dérive. Depuis 3 ans sur fond de crise criméenne et de guerre civile dans le Donbass, les nouveaux  maîtres de Kiev entraînent progressivement l'Ukraine vers les courants atlantistes de l'asservissement aux intérêts d'un complexe militaro-industriel, dont le comportement s'apparente à celui d'un vampire boulimique malade en quête de nouveaux territoires et surtout désireux d'étouffer la Russie qui anime le contre-pouvoir à son hégémonie mondialiste.

Si les objectifs majeurs du coup d'Etat du Maïdan organisé par la CIA n'ont pas été atteints (la Crimée militaire et le Donbass industriel), en revanche l'Etat ukrainien est aujourd'hui sous leur contrôle qui est articulé autour de 2 axes :
  • Une soumission économique par l'accord avec l'UE et les dettes des aides du FMI etc...
  • Une militarisation du territoire et de ses ressources et protocoles de défense par l'OTAN 
Nous avons déjà évoqué ici à plusieurs reprise la bascule de l'armée ukrainienne dans l'OTAN et l'amorce par les occidentaux et leurs laquais kiéviens du processus d'intégration de l'Ukraine dans l'alliance militaire étasunienne en Europe.

Cette politique du fait accompli voit cette année en Ukraine s’accélérer la militarisation étasunienne avec :
  • L'ouverture de bases américaines sur les bords de la Mer Noire
  • Un déploiement quasi permanent d'unités, via les nombreuses manœuvres de l'OTAN
  • Une  réseau croissant de conseillers techniques et instructeurs occidentaux 
  • Enfin, la livraison d'armes létales américaines réclamées depuis 2 ans
Tandis que sur le front du Donbass les opérations ukrainiennes de bombardements, de reconnaissance offensives et de sabotage reprennent, la  journée du 24 août 2017 risque d'être hautement symbolique de la servitude volontaire dans laquelle l'Ukraine est tombée en moins de 3 ans avec la visite du chef du Pentagone lors de la fête de l'indépendance !


Un défilé de l'OTAN devant le chef du Pentagone


Il y a avait déjà eu, lors du Maïdan le défilé des Mac Cain, Ashton, Nuland etc... jusqu'au vice président étasunien Biden venus poser sa marque sur la "révolution de la dignité". Puis nous avons eu vu ce ballet ouvrir la danse aux généraux US et aux responsables de l'OTAN inspectant les troupes ukrainiennes jusque sur le front du Donbass qu'il avouent alors comme leur propre guerre. 

Ce mois ci c'est au tour du patron du Pentagone de venir pisser en Ukraine et marquer ainsi un peu plus le terrain de chasse européen de l'Oncle Sam.

James Mattis est un général issu du corps des marines qui a quitté les services actifs en 2013 mais a conservé son surnom de "Mad dog" (le chien fou, l'enragé). Connu pour son franc parler ce 4 étoiles, malgré un discours politique initial privilégiant le dialogue avec les "non alignés", a rapidement revendiqué la stratégie de "la paix par la force" et a même déclaré en janvier de cette année devant le Comité des la Défense du Sénat que : "la Russie est la principale menace pour la sécurité des États-Unis.

Or cet "enragé" de 67 ans, devenu Ministre de la Défense de Trump, est invité ce 24 août à Kiev à l'occasion de la fête nationale ukrainienne dont le temps fort, à l'image de nombreuses fêtes nationales, sera le grand défilé militaire et qui cette année va illustrer à merveille cette militarisation de l'Ukraine par l'OTAN, pierre d'angle de sa soumission à la ploutocratie mondialiste occidentale.

Mattis ne vient pas seulement en Ukraine applaudir ses idiots utiles de l'ATO qui bombardent le Donbass jour et nuit, il vient aussi pour conclure les modalités des livraisons d'armes létales accordées à l'Ukraine par le congrès US. En effet au début du mois d'août une recommandation du Pentagone a été transmise à la Maison Blanche pour que soient livrés au régime de Kiev 50 millions de dollars de missiles "Javelin" arme antichar de dernière génération. 


Tir d'un missile Jaelin étasunien en Estonie dans le cadre de la formation US aux pays baltes
Cette livraison d'armes létales à Kiev, soutenue par Mattis, est cependant encore très critiquée à Washington où certains y voient le risque d'une nouvelle escalade avec Moscou. Aussi n'ayant pas peur d'user et même d'abuser d'une rhétorique hypocrite, le Pentagone décrit ces missiles antichars "Javelin" comme des armes, certes létales, mais qu'il faut considérer d'abord comme "une amélioration des capacités de défense ukrainiennes, et une partie de l'accord avec Kiev garantit qu'ils n'e soient pas utilisés pour provoquer des combats, mais plutôt pour les prévenir dans l'éventualité où la Russie utiliserait des blindés pour étendre son invasion" (analyse de l'ex Directreur de la CIA John Mac Laughlin)

Qui avec un minimum de sens critique et d'intelligence peut imaginer un seul instant que les "ukrops", qui sont incapables de respecter le cessez le feu de Minsk depuis février 2015, vont sagement garder leurs jouets antichars stockés dans les armureries. Sur le front Nord de Donetsk où je vis, chaque semaine des roquettes antichars sont tirées par les ukrainiens sur les positions retranchées républicaines protégeant le secteur.

Quoiqu'il en soit, une telle livraison, si elle est confirmée, va être entourée de procédures et de ressources connexes pour pouvoir devenir opérationnelle, ne serait ce que la formation des tireurs et observateurs qui serviront les postes de tir "Javelin", la création d'un circuit de maintenance logistique, d'entretien et de recomplétement des munitions etc... Mattis sera donc certainement accompagné d'officiers chargés de régler ces problèmes et définir un protocole avec les responsables ukrainiens chargés de réceptionner ces systèmes d'armes pour le Donbass..

Mattis en compagnie de Soltenberg, le secrétaire général de l'OTAN
Pour cette "fête de l'indépendance" ukrainienne, le président ukrainien Porochenko a donc invité à la parade au minimum, le ministre US  mais aussi le vice ministre britannique, représentants la Défense de 2 piliers anglo-américains engagés sur les nombreux fronts du néo-colonialisme occidental, et serviteurs zélés de la politique russophobe de l'OTAN.

En plus des 4500 soldats qui défileront dans les rues de Kiev, dont 1000 revenant de la ligne de front du Donbass d'où ils bombardent quotidiennement les civils de Donetsk et Lugansk, les ukrainiens pourront voir des soldats polonais, géorgiens, lituaniens, estoniens, lettons, moldaves, monténégrins, quasiment tous appartenant à des pays intégrés ou alliés de l'alliance atlantique. Une vraie journée "nationale" version Maïdan !


Cette journée du 24 août va donc ressembler plus à une grand-messe de l'OTAN qu'à la manifestation d'une quelconque souveraineté ukrainienne. Porochenko y apparaîtra une fois de plus dans son vrai rôle, celui du laquais ayant offert son pays en appât industriel et son armée en meute de chasse russophobe. 
Dans le cadre du contexte international actuel où les tensions diplomatiques et les guerres économiques préfigurent une troisième guerre mondiale, l'identité de l'Ukraine peut se résumer à n'être que le bélier idiot et sacrifiable que l'OTAN se prépare à lancer contre la Russie, à l'image de ce monument récemment inauguré à Kiev et représentant une épée transperçant la carte de la Russie !

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya



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vendredi 18 août 2017

Perspective de feu

Les feux de la guerre noircissent l'horizon du Donbass


(Publié initialement sur Facebook le 18 aout 2017)

La "trêve du pain",  qui n'a jamais été respectée, touche à sa fin calendaire et, de part et d'autre du front des mouvements d'unités montrent bien le pessimisme ambiant régnant dans le Donbass au sujet d'une résolution diplomatique du conflit de plus en plus utopique...

Chaque jour les bombardements ukrainiens, qui augmentent progressivement, se font de plus en plus meurtriers, tuant et blessant des soldats mais également des civils dont les habitats subissent toujours d'importants dégâts...

Les autorités de la République Populaire de Donetsk, tout en jouant toujours le jeu des accords de Minsk, ne se font guère d'illusion, d'autant plus que des actes de sabotage ont été à nouveau déjoués tant en Crimée que dans le Donbass et que les tensions entre Washington et Moscou sont plus vives que jamais.

Contrairement aux pseudo journalistes qui sont venus s'échouer à Donetsk et qui ne sont que larbins zélés d'une propagande (même si je reconnais parfois sa nécessité logique), je ne crie pas depuis 2 ans que "l'Ukraine est moribonde, en chute libre" et qu'elle n'a plus que quelques mois à vivre avant l'implosion finale tandis que nos forces républicaines peuvent emporter "haut la main" une victoire militaire etc...

Certes, l'Ukraine vit une crise économique majeure et qui fait même regretter les années Ianoukovitch, mais malheureusement elle ne tombera pas tant qu'elle servira les ambitions militaro-industrielles des néo conservateurs qui la militariseront en bélier suicidaire contre la Russie. 

L'Ukraine est aujourd'hui sous perfusion, mise en esclavage économique pour mieux être offerte aux intérêts d'une l'UE et d'une OTAN affamées. La ploutocratie maintient même Kiev suffisamment hors de l'eau pour lui permettre de rembourser les premières tranches du FMI 

Et si Porochenko, ce laquais en disgrâce, est renversé ce sera certainement par les nationalistes qui termineront la restauration d'un totalitarisme bandériste ressuscité sur le Maïdan. 

Même si la paix est l'objectif final des populations civiles qui y sont victimes et engagées, la guerre est en revanche l'option des princes en faillite et, à ce stade de la crise, ekle fait l'affaire de tous les pouvoirs qui s'affrontent directement ou par procuration dans le Donbass 
  • des néo conservateurs qui peuvent ainsi justifier l'augmentation des sanctions économiques et alimenter une propagande de guerre russophobe 
  • de L'OTAN qui peut justifier la militarisation de l'Ukraine les aides militaires et la coopération, un processus d'intégration et l'implantation de nouvelles bases étasuniennes.
  • de l'Ukraine qui peut excuser ses échecs, accuser la Russie et maintenir une dictature 
  • de la Russie qui sait que cette résistance légitime épuise Kiev et constitue le terreau d'un mécontentements populaire et extrémiste qui tous les deux provoqueront la chute du régime.
  • enfin des Républiques qui maintiennent par cet état de guerre, qu'elles n'ont pas initié, une cohésion sociétale soutenant le pouvoir en place qui peut accélérer les réformes comme par exemple les nationalisations. 
Côté militaire, les milices du Donbass devenues des armées régulières équipées et entraînées sont très fortes, mais pas assez cependant pour mener des offensives de libération des territoires occupés. Chaque jour les soldats des Républiques paient de leur sang la défense de leur sanctuaire face à des pressions offensives ukrainiennes mineures qu'ils ont peine à contenir.

Aujourd'hui la question n'est pas de savoir si Kiev va déclencher une nouvelle grande offensive mais QUAND ? 

Ce qui est sûr, c'est que les ukrainiens, tant sur le plan militaire, économique, politique et moral ne pourront entretenir indéfiniment une armée de 100 000 hommes sur les startings-bloks de l'assaut. Les "ukrops " sont aujourd'hui bloqués, acculés dans leur propres tranchées: soit ils reculent et perdent les territoires occupés des anciens oblasts de Donetsk et Lugansk qu'ils occupent depuis 2014; soit ils se lancent à l'assaut et subissent des pertes immenses sans garantie de victoire durable et globale. . 

Le conflit est donc bien dans une impasse tant diplomatique que militaire....

La guerre malheureusement semble être cependant la solution la plus rapide et accessible pour une sortie de crise, malgré le fait que la victoire ne saura être acquise sans l'intervention d'une force extérieure (Russie pour le Donbass et OTAN pour Kiev) car les 2 boxeurs actuellement sont bloqués dans les cordes. Les pertes probables à venir confirmeront aussi définitivement l'éclatement de l'Ukraine.

A Oktyabrsky, les habitants vérifient que les accès aux caves soient libérés et ces dernières aménagées et équipées pour subir de nouveaux orages d'acier.

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya



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lundi 14 août 2017

La Vérité traquée en Ukraine


Odessa, le témoignage accablant d'un expert ukrainien

Les militants du Maïdan incendiant des fédéralistes piégés et massacrés dans la maison des syndicats d'Odessa, le 2 mai 2014
Lorsqu'on demande quel est l'événement déclencheur qui a engagé les personnes dans une dynamique anti-maïdan à soutenir la résistance menée dans le Donbass contre le pouvoir de Kiev, c'est sans l'ombre d'un doute le massacre du 2 mai 2014 à Odessa qui remonte en premier à la surface des mémoires  

Ce jour là plus des centaines de manifestants pro-fédéralisation vont être piégés dans la maison des syndicats de la ville d'Odessa après une journée de heurts violents entre des manifestants pro-russes et des hooligans pro-maïdan déployés contre eux par l'oligarque Kolomoïsky. Personnellement cet événement m'a choqué au point que le lendemain j'ouvre ce blog, spécialement dédié au "Soutien à la rébellion du Donbass" sur lequel je compile les articles déjà écrits sur la crise ukrainienne et les continue par un compte rendu de cette journée sanglante d'Odessa où plus de 40 manifestants sont massacrés et plus de 200 autres blessés, dans un traquenard organisé par des paramilitaires nazis agissant sous faux drapeau.
A l'époque ce qui m'avait le plus révolté, en dehors de l'horreur de la tuerie elle-même, c'était le traitement médiatique occidental de l'événement, dont l'indifférence peut-être considérée jusqu'à aujourd'hui et à juste titre comme une preuve de la complicité occidentale à ce crime génocidaire.

Depuis 3 ans, comme dans le dossier des "tireurs du Maïdan", l'enquête sur le massacre d'Odessa piétine et nombre de victimes rescapées de l'incendie de la maison des syndicats sont toujours emprisonnées dans les culs de basse fosse du SBU ukrainien.

Parmi les experts désignés et encadrés par le pouvoir de Kiev qui après avoir fait disparaître de nombreuses preuves, veut aujourd'hui leur dicter leurs conclusions, il se trouve encore des hommes honnêtes qui respectent l'éthique et la déontologie de leur profession d'enquêteur criminologue
Sergueï Iskrouk, est de ceux là. En 2015-2016 il a fait partie de l'équipe qui a travaillé sur le dossier du massacre d'Odessa et a refusé de modifier ses conclusions, comme le pouvoir politique de Kiev le lui demandait. Plus tard, lorsque Iskrouk subit des menaces et même des agressions physiques par les radicaux nationalistes de Prayvi Sector (il recevra même des coups de couteau), il fuit l'Ukraine et se réfugie en république Populaire de Donetsk, où il témoigne de son travail et son histoire depuis le 9 août 2017, date de sa première conférence de presse.


Sergueï Iskrouk, dans ses observations sur les lieux du massacre a confirmé que les victimes n'avaient pas péri dans l'incendie que les cocktails molotov ont provoqué dans la Maison des syndicats mais ont été d'abord tués ou neutralisés avec des produits soporifiques avant d'être brûlés. Il s'agit donc bien d'un guet-apens prémédité et organisé par les milices paramilitaires mêlées aux hooligans pro-Kiev, qui avec la complicité de certains fonctionnaire de Police, ont infiltré dans un premier temps les manifestants pro-russes pour faire dégénérer la manifestation en émeute avant de se retourner contre eux.

Son témoignage d'expert mais surtout la traque qu'il subit pour avoir oser défendre la Vérité ne seront bien sûr jamais évoqué par les médias occidentaux gavés de la version officielle de la propagande kiévienne.

Les morts d'Odessa devront encore attendre pour leur repos éternel que le massacre de la Vérité cesse enfin, ainsi que celui des populations du Donbass terrorisées par l'artillerie ukrainienne et des bataillons spéciaux rêvant d'allumer de nouveaux feux criminels...

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya


Les autres articles dans ce blog sur le massacre de la maison des syndicats : Odessa

Source de l'article :


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dimanche 13 août 2017

Les USA défient Moscou en Ukraine

Une base américaine en Ukraine, 
aux portes de la Russie


Avec le plus grand budget militaire au monde et un réseau de plus de 800 bases militaires à travers le Monde, les USA ont imposé une menace militaire permanente et immédiate aux quatre coins de la planète, ancrant leur occupation militaire par un entretien de conflits et instabilités armées qui sont prétexte à leur extension militaire. 

En Ukraine, dès le Maïdan, les objectifs militaro-industriels avaient rapidement déchiré le masque des bonnes intentions démocratiques et humanistes agité devant les médias propagandistes. 

Si la base militaire de Sébastopol est restée russe grâce à la volonté référendaire de la Crimée de retourner au sein de la Russie, en revanche l'OTAN qui est le bras armé de Washington en Europe engage chaque mois un peu plus sa présence en Ukraine, malgré l'avertissement clair de Moscou qui ne veut pas voir de nouvelles bases étasuniennes menacer son espace vital occidental où se situent ses grands centres névralgiques.

Dernière provocation en date des USA, la construction d'une future base navale sur les bords de la Mer Noire, à Otchakov (Oblast de Mikolaïev) soit, moins de 300 km de la la base russe de Sébastopol en Crimée.

L'OTAN dans le cheval de Troie de l'Union Européenne

Cette investissement coûteux d'une nouvelle base étasunienne montre à quel point le processus démocratique qui doit en théorie précéder et valider une intégration dans l'OTAN n'est qu'une vaste fumisterie. et que l'opinion de la population qu'elle soit favorable ou opposée comme au Montenegro n'influence pas la volonté de la ploutocratie mondialiste de de resserrer le collier militaire européen autour de la Fédération de Russie.

Ainsi Kiev a engagé progressivement un processus d'intégration dans l'OTAN, dans une dynamique politique russophobe clairement annoncée depuis le sommet de l'alliance à Varsovie (2016) et amorcée franchement cette année où tous le mois peuvent être observés de nouveaux pas franchis vers cet homme-lige militaire de l'Ukraine, l'asservissant encore plus à une stratégie néo-conservatrice qui veut en faire un bélier sacrifiable contre la Russie.

Et l'OTAN, au service de la boulimie militaro-industrielle étasunienne, n'attend pas cette intégration pour occuper déjà l'Ukraine. Sans parler des missions secrètes de ses services et des engagements indirects via des sociétés privées de sécurité, l'Alliance en Ukraine c'est depuis 3 ans et de manière exponentielle :
  • Une aide financière directe au budget militaire ukrainien
  • Une assistance technique et tactique réalisée pour former aux procédures de l'OTAN
  • Des livraisons de matériels militaires (et donc un SAV d'instructeurs) 
  • Une organisation d'exercices de l'Alliance en Ukraine (Rapid Trident, Sea Breeze...)
  • Une mise à disposition de ressources de renseignement US (drones, avions et satellites) 
Une nouveau pas vers l'OTAN et une provocation majeure contre la Russie 

Cette stratégie de préemption militaire de l'Ukraine par les USA via l'OTAN est confirmée par tous les responsables étasuniens, du Secrétaire à la Défense au conseiller spécial pour l'Ukraine du Département d'Etat, en passant par le haut commandement militaire US de l'organisation, mais jusqu'à présent elle s'était contenter de réaliser des missions, événements ou programmes ponctuels, des aides financières ou des nominations temporelles de responsables politiques.

Le 7 août sur le site de la Navy  le Seabee (génie militaire de l'US navy) a annoncé l'inauguration sur la base ukrainienne de Otchakov d'un centre opérationnel de commandement de la Marine étasunienne, qui servira qui coordonnera les prochains exercices maritimes "Seabreeze" et "Trident" réalisés chaque année en Mer Noire mais  servira aussi de centre opérationnel pour future base maritime étasunienne en Mer Noire.

Le 10 août, lors d'une inspection d'exercices militaires de l’OTAN en Géorgie ("Noble Partner 2017", le chef de l’état-major de l’armée américaine Mark Milley a évoqué les futurs accords de coopération militaire entre Tbilissi et Kiev, notamment en Mer Noire. En Géorgie également plusieurs infrastructures militaires étasuniennes sont programmées.

Cette base navale étasunienne s'avère elle même n'être qu'un élément d'une militarisation régionale de l'OTAN sur les bords de la Mer Noire entre Odessa et la Crimée. Nous reviendrons dans d'autres articles sur cette occupation militaire de l'Ukraine qui concrétise le rêve des néo-conservateurs venus soutenir les néo-nazis sur le Maïdan en 2014.

Cette avancée militaire des USA en Ukraine, qui confirme l'objectif Mer Noire de l'opération Maïdan, lorsqu'elle est mise en perspective avec la crise internationale entre Moscou et Washington et l'échec de la diplomatie dans le Donbass, risque d'être interprétée légitimement par Moscou comme une nouvelle provocation de l'Oncle Sam.

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya 


Exercice de déploiement d'unités de Navy seals (ici en rappel depuis un CV22)
pendant l'exercice "Sea Breeze 2017


Sources de l'article :

- Pars Today
- Réseau International
- Site de la Navy 

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mardi 8 août 2017

L'Histoire au secours de la realpolitik

"Oui, c'est l'Europe, depuis l'Atlantique jusqu'à l'Oural, 
c'est l'Europe, c'est toute l'Europe 
qui décidera du destin du Monde" 

Charles de Gaulle



Le mardi 11 juillet, l'Union Européenne a ratifié son accord d'association avec l'Ukraine dans un climat de tensions croissantes avec la Russie. Peu de temps avant, le Secrétaire général de l'OTAN Jens Soltenberg et le président ukrainien Piotr Porochenko, avaient confirmé lors d'une rencontre à Kiev l’amorçage du processus politico-militaire devant aboutir à l'intégration de l'Ukraine dans l'organisation atlantiste.

L'atmosphère d'une nouvelle "guerre froide" est devenue d'autant plus de plus en plus palpable que cette dernière, avec les représailles économiques et leurs réponses russes, les manœuvres de l'OTAN dans l'Est européen et les combats qui ne cessent dans le Donbass, prend de plus en plus les allures d'une "paix chaude" ensanglantée.

Ce projet d'association entre l'Union Européenne et l'Ukraine qui vient d'être signé, même s'il correspond à des ambitions économiques réelles apparaît donc vraiment comme un cheval de Troie permettant à l'appareil militaire étasunien occupant l'Europe de rapprocher des frontières de la Russie des sentinelles protégeant un étranglement du pays non aligné qui entrave le plus l'hégémonie de la finance internationale, et constitue le bouclier de bien d'autres pays insoumis tel que l'Iran, la Syrie, l'Inde etc...

Il divise le Monde et fracture l'Europe au lieu d'unir les peuples entre eux

Le Président Porochenko le confirme d'ailleurs à chaque occasion : les associations réalisées entre Kiev et Bruxelles (aides et accord économique, manœuvres et assistance militaires) ne sont que les premières étapes de l'intégration de l'Ukraine au sein de l'Union Européenne et surtout dans l'organisation militaire de l'OTAN qui tous deux en fidèles laquais de Washington ont défini la Russie comme la menace principale.

Cette crise majeure qui secoue l'Europe montre bien que la vision portée sur la Russie et l'Ukraine est américaine et non européenne, car l'Ukraine cette immense territoire entre l'Est et l'Ouest continental n'a jamais été un rempart divisant les empires, mais au contraire un lieu de contact et d'échanges, comme le prouve la longue Histoire entre l'Eurasie et l'Occident.

Comme pour les racines d'un arbre, la perspective historique qui donne de la stabilité à la réflexion doit être la plus profonde possible. Or la stratégie hégémonique engagée par ce Nouvel Ordre Mondial qu'incarne aujourd'hui la thalassocratie étasunienne s'appuie sur la courte parenthèse soviétique. En effet, les USA occupant l'Europe depuis 1945, tant militairement, économiquement que culturellement ont pu, grâce à une confrontation idéologique avec Moscou, faire croire qu'ils lui étaient indispensables. 
Progressivement l'idéologie étasunienne relayée chez les individus par un "rêve américain" d'une société du spectacle anesthésiante et l’asservissement des pays par des institutions à leurs ordres (UE OTAN OCDE ONU...) ont pu déformer l'Histoire et l'imaginaire européen.

Il y a 2 ans dans un article intitulé Une amitié éternelle j'essayais de rappeler quelques unes des plus belles pages de l'Histoire européenne écrites par l'amitié franco-russe et dont l'Ukraine, ce berceau de la Russie (la Rus de Kiev") situé de chaque côté du Dniepr entre Occident et Eurasie, a été le plus ancien témoin avec le mariage de la princesse Anna Iaroslavna avec le roi de France Henri 1er.

En effet depuis plus de 1000 ans, la Russie tsariste ou soviétique a toujours entretenu des relations privilégiées avec la France, et les  épisodes napoléoniens de la campagne de Russie (1812) ou de la guerre de Crimée (1854) ne sont que les lamentables exceptions françaises qui confirment dans l'Histoire la permanence d'une amitié éternelle forgée par autant par les architectes des rois de France,  les soldats russes déployés dans les tranchées de Champagne à partir de 1915, que les aviateurs français de la "Normandie-Niemen" défendant la Russie pendant la seconde Guerre Mondiale. 

Cet axe Paris Moscou est défendu depuis longtemps "de Dostoievsky à De Gaulle, par des penseurs libres qui considèrent les nations comme des entités vivantes plus résistantes et plus fortes que les systèmes qui pensent les dominer." En 2002, Henri de Grossouvre écrit "Paris-Berlin-Moscou, la voie de l’indépendance et de la paix", actualisant dans un contexte de soumission progressive des pays occidentaux aux USA, cet axe relationnel majeur qui est la colonne vertébrale de l'Europe.

Vouloir cimenter une Europe, l'Atlantique à l'Oural n'est pas une utopie du passé, il est présent dans les esprits des dirigeants européens, lorsque ces derniers sont toutefois libres dans leurs pensées et leurs actes comme le rappelle ce front que  les présidents Chirac, Schröder et Poutine ont opposé à l'impérialisme  étasunien au moment de l’agression contre l’Irak. Cette coalition anti-mondialiste a fait peur aux néoconservateurs mondialistes qui se sont alors empressés de serrer le collier des piliers européens franco-allemand. Depuis Merkel, Sarkozy et ses successeurs sont rentrés servilement dans la niche de l'Union Européenne gardant les intérêts de la City et de Wall street, et il y a peu de chance que leurs protestations récentes suite aux dommages collatéraux subis à l'occasion des nouvelles "sanctions" étasuniennes, ne dépassent pas le niveau de celui d'un caniche pleurnicheur.




Si l'Europe veut se libérer de la tutelle suicidaire étasunienne et œuvrer pour la Paix, elle doit d'abord renouer ses liens avec la Russie et retrouver ainsi son indépendance. Dans cette dynamique, je pense que l'amitié franco-russe, dont l'écho résonne depuis les palais tsaristes jusqu'aux restaurants moscovites, devrait être aujourd'hui le coeur et le ciment d'un nouveau pont entre l'Est et l'Ouest européens. Mais la France, ce pays qui a inspiré autant la culture que la révolution russes, n'est gouvernée depuis 20 ans que par des laquais étasuniens qui, déformant l'Histoire et léchant des rangers de l'Oncle Sam, participent à précipiter le vieux continent et la civilisation occidentale vers un chaos général.

Car aujourd'hui les européens lobotomisés par la propagande de guerre étasunienne ne regardent Moscou qu'à travers le miroir déformé d'une Union soviétique, avatar éphémère et à jamais disparu de la Russie éternelle qui elle a toujours été ouverte vers l'Occident. 
Cette occultation de la réalité historique des relations millénaires entre la Russie et les pays occidentaux, dont l'objectif  est de les maintenir asservis aux USA pour mieux les mobiliser contre la Russie, est tout simplement suicidaire, car elle aboutira inévitablement l'Europe à devenir à nouveau le champ de bataille d'une guerre fratricide meurtrière.

Face à cette menace il faut que les européens ouvrent enfin les yeux vers leur passé mais aussi vers leur avenir, car l'Histoire autant que que la realpolitik leurs commandent de reprendre leur destinée en main, de se libérer de l'emprise militaro-industrielle étasunienne et d'élaborer en coopération avec Moscou une grande Europe forte, unie et indépendante. Dans un article pour le Figaro, Alexis Feertchak revient aussi à l'occasion de cette nouvelle division de l'Europe, et qui provoque également un éclatement de ce pays ukrainien situé à cheval entre Eurasie et Occident, sur la priorité urgente de réaliser une "Pax Europa".

En 2003, un vieux bushi nenge de Guyane me disait à Régina, que les corps des animaux venimeux contiennent toujours l'antidote à leur poison, et c'est certainement aussi le cas pour cette Ukraine, cet épicentre du nouveau séisme européen, qui doit se débarrasser des marionnettes néoconservatrices du Maïdan et produire ensuite une nouvelle vision sociétale brisant les nouvelles barrières artificielles et désuètes imposées en Europe par un totalitarisme de la marchandise boulimique. Dans le Donbass, les autorités de la République Populaire de Donetsk ont récemment posé cette problématique sur la table et le front qui menace d'entrer dans une nouvelle éruption, en introduisant par le buzz médiatique de la "Malorossiya", un débat sur une vraie fédéralisation de l'Ukraine organisée pour faire triompher la Paix,  mais aussi pour créer un trait d'union entre Occident et Eurasie.

Cette vision sociétale audacieuse, qui se veut "être fidèle au passé et exemple pour l'avenir" est déjà en cours de réalisation et d'éclosion dans les Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk, devenues un véritable laboratoire d'idées pour l'avenir du vieux continent.


Erwan Castel, volontaire en Novorossiya



Source de l'article : Le Figaro


Ukraine : après le mur de Berlin, le mur de Kiev ?

FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que l'Ukraine, excédée par la concentration de troupes russes dans l'est séparatiste, se prépare au combat, Alexis Feertchak considère que la France peut encore permettre de désamorcer la crise, à condition de se rapprocher de la Russie.


Par Alexis Feertchak

ll y a vingt-cinq ans, le mur de Berlin tombait. Ceux de l'Ouest l'appelaient le «mur de la honte», ceux de l'Est le «mur de protection antifasciste». Ces mots d'hier paraissent aujourd'hui étrangement familiers alors que le cessez-le-feu en Ukraine, scellé à Minsk en septembre, semble s'effriter à mesure que les combats reprennent dans les Oblasts de Lougansk et Donetsk. Les dépêches de l'AFP se retrouvent de nouveau à la Une des médias: chars venus de Russie, files de camions militaires Kamaz, mise en garde de l'OTAN et de l'OSCE, tout semble mener vers une nouvelle escalade en Ukraine.

C'est l'Europe qui, aux origines de la crise actuelle, 
a imaginé l'Ukraine comme un mur et non comme un pont.

L'imaginaire du «mur» ressurgit en Europe, avec le même vocable que pendant la Guerre froide: le Kremlin crie au «fascisme» en regardant vers l'Ouest ; les Occidentaux condamnent l'invasion russe et les provocations du Président Poutine. Arrivé en tête des élections législatives, le Premier Ministre ukrainien Arseni Iatseniouk, plus belliqueux dans ses positions que le Président Petro Porochenko, a été le premier à envisager l'érection d'un mur d'ici à trois ans entre les frontières russe et ukrainienne.

Or, si l'hypothèse d'un tel mur ukrainien, physique ou seulement symbolique, se confirmait à l'Est de l'Europe, il faudrait changer le nom d'Ukraine, car le mot «Ukraine», en ukrainien ou en russe, signifie étymologiquement «marches» et non «mur». Une marche, à la différence d'un mur, ne sert pas à empêcher le passage d'un espace à un autre, mais bien au contraire à aider au franchissement de deux espaces voisins. Les mots sont souvent lourds de sens: jusque dans son nom même, l'Ukraine est un pont entre l'Europe occidentale et la Russie. L'idée d'un mur ukrainien serait un oxymore littéraire, mais aussi une faute historiquement lourde.

Une faute a été commise originellement par l'Union européenne qui, en plaidant pour un accord d'association exclusif avec l'Ukraine, ratifié en septembre 2014, a écarté de fait le partenaire russe des négociations. C'est l'Europe qui, aux origines de la crise actuelle, a imaginé l'Ukraine comme un mur et non comme un pont. Dans une sorte de prolongement anachronique de la doctrine du Containment établie pendant la Guerre froide, les Occidentaux ont fait abstraction de siècles d'histoire qui ont lié l'Ukraine à la Russie, mais aussi la Russie à l'Europe. Alors que l'armistice de 1918 a été commémoré en France et ailleurs, on aurait pu se rappeler que la Russie, au sein de la Triple Entente, fut le pays allié qui compta le plus grand nombre de victimes militaires pendant la Première guerre mondiale et qui ne connut pas la victoire du 11 novembre.

En érigeant Vladimir Poutine et la Russie comme ennemis absolus de l'Occident, le débat public autour de l'Ukraine s'est retrouvé faussé. Des critiques se sont élevées ici ou là pour condamner le manque de clairvoyance et l'agressivité des diplomaties européenne et américaine, mais, dans des tonalités différentes, les voix d'Hubert Védrine, de Dominique de Villepin, de Vladimir Fédorovski, d'Hélène Carrère d'Encausse, de Jacques Sapir ou de Jean-Pierre Chevènement n'ont pas porté assez loin pour réduire le manichéisme ambiant.
Récemment, une conférence d'Alexandre Adler, prononcée à l'Institut Diderot, a éclairé le débat sous un jour intéressant. L'historien a rappelé quelques traits de l'histoire ukrainienne, notamment dans ses relations avec l'Europe occidentale et la Russie, qu'il me paraît important de garder à l'esprit.

Il ne s'agit pas de tomber dans les errements de la propagande russe: les Ukrainiens ne sont pas attirés par un prétendu fascisme hérité de la Seconde guerre mondiale, mais bien plutôt par le modèle européen que la Pologne représente à leurs yeux. Le Président Ianoukovitch a été renversé par le rejet populaire de l'oligarchie régnante, de la corruption, du délitement des libertés publiques et par l'échec répété des réformes économiques et sociales. Il ne s'agit pas non plus de tomber dans l'apologie de Vladimir Poutine, apologie qui agite les milieux identitaires et une partie de l'extrême-droite française, lesquels fantasment le Président russe en Tsar autoritaire et réactionnaire, seul capable de se dresser contre l'impérialisme libéral des Etats-Unis.

Au delà de la langue et de la religion, 
c'est leur histoire commune qui lie le plus les Russes aux Ukrainiens, 
de la Rus' de Kiev au IXe siècle jusqu'à l'indépendance ukrainienne en 1991.

Ceci étant écrit, il reste à s'interroger sur la nature historique et culturelle de l'Ukraine, questionnement qui a été écarté largement du débat public. Alexandre Adler rappelle ainsi que l'on ne peut faire fi de l'histoire et, qu'on le veuille ou non, l'histoire de l'Ukraine et celle de la Russie sont indissociablement liées. Ainsi, rappelle-t-il l'inexistence historique de la nation et d'un Etat ukrainiens: «A mes yeux, la nation ukrainienne n'existe pas. Il a certes existé des embryons de puissance étatique en Ukraine à chaque fois que la Russie a été faible, notamment au début du XVIIIe siècle. Il y a eu aussi un mouvement nationaliste et politique ukrainien pendant le XIXe siècle. Mais tout cela ne suffit pas à créer une nation».

On comprendra par exemple que la question linguistique n'est pas un point de clivage sérieux entre Russes et Ukrainiens: peu parlée, la langue ukrainienne est comprise des russophones et, au centre l'Ukraine, une majeure partie de la population parle le Surzhik, un mélange entre l'ukrainien et le russe. Alexandre Adler précise ainsi que «l'identité linguistique ukrainienne est une plaisanterie». Il en va de même de l'identité religieuse car Russes comme Ukrainiens sont majoritairement orthodoxes, même s'il existe deux patriarcats distincts.

Au delà de la langue et de la religion, c'est leur histoire commune qui lie le plus les Russes aux Ukrainiens, de la Rus' de Kiev au IXe siècle jusqu'à l'indépendance ukrainienne en 1991. Alexandre Soljenitsyne écrivait ainsi en 1990, juste avant la chute de l'URSS:

«Parler de l'existence depuis le IXe siècle d'un peuple ukrainien à part, parlant une langue non russe spécifique, est une falsification récente. Ensemble nous sommes issus de la noble Kiev d'où provient la terre russe selon la Chronique de Nestor, d'où nous est venue la lumière du christianisme. Nous avons été gouvernés par les mêmes princes».

Alexandre Adler ne dit pas autre chose lorsqu'il rappelle l'histoire commune des Ukrainiens et des Russes lors de la Seconde guerre mondiale, histoire qui dépasse de loin le ralliement au régime nazi d'une partie minoritaire de l'Ukraine occidentale. Cette accusation d'un mauvais comportement de l'Ukraine pendant la Seconde guerre mondiale, qui est à l'origine de la propagande du Kremlin à l'égard des «fascistes» de Kiev, s'explique par le fait qu'historiquement, une partie de l'Ukraine occidentale n'a pas été associée à l'histoire russe, mais a vécu sous la houlette du Royaume de Pologne, puis de l'Empire austro-hongrois. En 1940, dans le sillon de cet arrimage historique à la Mitteleuropa, une partie des Ukrainiens de l'Ouest ont participé de fait aux agissements du IIIe Reich. Mais ces comportements, qui ont existé, ne sont en rien représentatifs de l'Ukraine, ni même de l'Ukraine occidentale.

L'histoire témoigne in fine de ce que l'Ukraine est bien une marche et un pont vers la Russie, en aucun cas un mur: l'aspiration européenne des Ukrainiens ne peut se réaliser contre la Russie. C'est précisément ce que l'Union européenne n'a pas compris dans la crise qui agite aujourd'hui l'Ukraine. Elle n'a pas compris que la demande légitime du peuple ukrainien doit s'inscrire dans une coopération politique plus large qui englobe la Russie.

Dans le respect de la tradition gaulliste et mitterrandienne, 
il est probable que la solution se trouve entre Paris, Berlin et Moscou, 
dans un rapprochement et une coopération politique entre l'Europe occidentale et la Russie, 
pour construire une Pax Europa autonome qui ne repose plus sur la Pax Americana.

La crise ukrainienne nous renvoie en creux au rêve gaulliste d'une Europe qui irait de l'Atlantique à l'Oural. François Mitterrand fut le dernier chef d'Etat français à avoir tenté de donner corps à ce projet européen. Le 31 décembre 1989, il lançait le projet d'une Confédération européenne, espace de coopération politique qui devait être proprement européen, c'est-à-dire capable de se passer du leadership américain et capable d'inclure à long terme la Russie (qui était encore l'Union soviétique). Comme l'a écrit par la suite Roland Dumas, le projet fut mort-né, même s'il fut bien accueilli par le chancelier allemand Helmut Kohl et le président tchèque Vaclav Havel. En réalité, la construction européenne et l'élargissement aux pays d'Europe de l'Est se sont faits sous l'auspice de la «doctrine Baker», du nom du Secrétaire d'Etat américain de Georges Bush (père). Cette Pax Americana fut rendue possible par l'extension progressive aux anciennes républiques satellites de l'Organisation pour la sécurité et la coopération européenne (OSCE) et de l'OTAN, deux organisations historiquement atlantistes.

La sénateur Marie-Noëlle Lienemann révélait récemment qu'en 1995, le Président François Mitterrand lui avait confié qu'il craignait qu'une guerre se déclarât entre l'Ukraine et la Russie. L'escalade de violences que connaît aujourd'hui l'Ukraine rend la prophétie de François Mitterrand chaque jour plus pertinente. En un sens, elle est même déjà réalisée. Alors, que faire? Dans le respect de la tradition gaulliste et mitterrandienne, il est probable que la solution se trouve entre Paris, Berlin et Moscou, dans un rapprochement et une coopération politique entre l'Europe occidentale et la Russie, pour construire une Pax Europa autonome qui ne repose plus sur la Pax Americana. Quant à la question de savoir si les Russes seraient d'accord pour une plus grande coopération avec l'Europe, l'histoire russe nous en donne une certaine idée: la grandeur de la Russie a rarement existé sans une certaine complicité avec l'Europe. Vladimir Poutine, en bon stratège, doit certainement le savoir. L'histoire russe en Ukraine est d'ailleurs un condensé de cette Russie tournée vers l'Europe. Pouchkine écrivait qu'Odessa, fondée en Ukraine par Catherine II en 1794, était une ville où l' «on peut sentir l'Europe».

Partisan d'une plus grande coopération avec la Russie, le philosophe Dominique Lecourt, qui dirige l'Institut Diderot, introduisait ainsi la conférence d'Alexandre Adler: «L'Union soviétique est désormais bien loin de nous! Il serait grave de donner à la Russie de demain le sentiment que, après un quart de siècle, nous ne nous en sommes pas encore aperçus». Si un certain idéalisme européen ne nous fait pas avancer dans ce sens, qu'au moins, en tirant les leçons de l'histoire, un réalisme de bon sens nous convainque de le faire.

Alexis Feertchak


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